La psychologie du jeu à Blackjack Ballroom

Dix ans d’existence, c’est bien peu pour une organisation de psychologues, et l’on pourrait se demander si les dirigeants de la Fédération n’ont pas fait preuve d’impatience en fêtant ce 10è anniversaire quand le SNP a 63 ans, et la SFP en a 112, pour ne citer que les deux principales organisations fondatrices de la FFPP. Mais il s’est passé bien des choses en 10 ans, et l’on peut à l’inverse considérer que le fait qu’après cette période, la FFPP continue d’exister et ne se porte pas trop mal mérite ce petit coup d’œil dans le rétroviseur.

Disons le tout de suite, le verre est à moitié plein, ou à moitié vide, comme on voudra, et je voudrais avancer quelques hypothèses sur  le pourquoi de cette semi-réussite. Il y a eu dans les débuts de la FFPP beaucoup de questions de personnes, sans doute inévitables, et sur lesquelles il ne sert à rien de revenir. Mais au-delà, il me semble qu’il y a eu de la part des responsables de l’époque (dont je fais partie) un optimisme exagéré sur la possibilité de passer d’un type de structuration de la profession à un autre, avec la raison que ce dernier était meilleur que le précédent. Les résistances au changement ont été interprétées comme la volonté manifeste de refuser ce changement, ce qui n’était pas le cas, loin s’en faut, de toutes les personnes impliquées.

Concernant la SFP, dont le processus d’adhésion à la FFPP s’est arrêté après qu’elle a voté les statuts de la Fédération, il aurait fallu alors qu’elle réforme ses propres statuts pour cesser d’être elle-même une confédération d’organisations. Certains responsables y étaient opposés par principe et depuis le départ, même si toutes les organisations affiliées à la SFP avaient voté le 16 décembre 2000 la délégation de moyens et de pouvoirs à la nouvelle organisation alors à créer. Pour d’autres, recentrer la SFP sur la recherche, c’était lâcher la proie pour l’ombre, et nous nous sommes trouvés dans un calendrier où chacun attendait que « les autres » changent leur propre organisation pour l’adapter à la situation avant de changer soi-même. Ainsi, de même que la SFP n’a jamais réformé ses statuts contrairement à ses engagements, l’ANOP a mis deux ans avant de se dissoudre, alors qu’elle devait le faire immédiatement.

Du côté du SNP, les choses étaient bien différentes. La volonté majoritaire étant de créer une organisation unitaire, la déception de l’acceptation nécessaire de la fédération a créé un vide gigantesque sur ce que devait être la place du syndicat dans cette structure fédérale. Un vide d’ailleurs indicible, puisque dans les discussions fort longues sur les statuts de la FFPP, l’idée que le mode d’appartenance de chaque organisation à la Fédération puisse être différent, et qu’en particulier une place spécifique soit réservée aux syndicats n’a fait l’objet d’aucune proposition. En est résulté une relation bloquée entre les dirigeants du syndicat et ceux de la fédération, en partie communs, situation qui ne pouvait se terminer que par la sortie du SNP de la FFPP.
La période qui a suivi a été marquée par de grandes tensions entre organisations, le pronostic vital étant très engagé concernant la FFPP, de la part de ses adversaires, qui ont parfois vendu la peau de l’ours... Dans un premier temps, la FFPP a survécu, dans un second temps, elle s’est développée. Les dirigeants des organisations non membres ont alors fait preuve de réalisme et une collaboration a pu s’instaurer, dans des conditions certes parfois difficiles, mais parfois aussi fécondes, comme dans le cas du code de déontologie, du titre de psychothérapeute, de l’ICAP 2014 ou d’EuroPsy.

Alors, pouvons-nous nous satisfaire de la situation actuelle ? Certainement pas ! Nous ne pouvons pas nous satisfaire du fait que les dirigeants de toutes les organisations françaises de psychologues dépensent une partie de leur énergie à traiter les problèmes de la profession et une autre partie, au moins égale et plus épuisante, à traiter de la manière dont vont réagir les autres organisations à ces mêmes problèmes et à ce qu’ils vont faire. Si tous ces dirigeants pleins de bonne volonté et souvent de talent travaillaient ensemble dans la même organisation, quelle efficacité nous gagnerions ! Nous ne pouvons pas nous satisfaire d’être l’un des pays du monde, et sans doute le pays d’Europe où les psychologues sont les moins bien organisés. Alors, ce bilan de 10 ans doit nous préserver de tout triomphalisme et de tout fétichisme d’organisation, fétichisme auquel nous nous sommes opposés de la part d’autres organisations. La FFPP d’aujourd’hui n’est pas l’organisation dont ont besoin la profession et la discipline. Elle est pourtant, dans la situation française actuelle, ce qui s’en rapproche le plus. Il reste donc à se mobiliser pour que la FFPP de demain, ou ce qui pourrait la remplacer ressemble plus aux organisations très efficaces des pays qui nous entourent. Aux tenants de l’importance des spécificités françaises, je continue donc de poser la même question qui reste sans réponse : pourquoi les modes d’organisation qui marchent bien ailleurs seraient-ils a priori moins bons que ceux qui marchent mal chez nous ?