BetterHelp : alerte sur les dérives marchandes de la santé mentale en ligne

Fondamentalement attachée à la défense de la profession de psychologue, la reconnaissance du code de déontologie des psychologues et son application, pour la protection du public des mésusages de la psychologie, la FFPP s’inquiète de l’installation en France de BetterHelp multinationale générant près d’un milliard de dollars de chiffre d’affaire annuel et de son influence sur une audience vulnérable. De nombreuses alertes ont d’ores et déjà été émises par des parlementaires[1] ainsi que dans les médias[2, 3, 4]. Dès le mois de février, la FFPP est également intervenue auprès des autorités compétentes, notamment le ministère de la Santé et la Délégation au numérique en santé, pour les interpeller sur cette situation.

Cette plateforme cible particulièrement les jeunes en inondant les réseaux sociaux de messages publicitaires. Aux États-Unis, BetterHelp a été sanctionnée par la Fédéral Trade Commission (FTC) pour avoir délibérément vendu des données personnelles à des régies publicitaires. Ces données, issues du questionnaire initial, sont particulièrement intimes (manifestations dépressives, idéations suicidaires, traitements médicamenteux suivis ou antécédents de prise en charge psychologique…) et servent ensuite à constituer des profils d’audiences similaires, visant à démarcher de nouveaux consultants vulnérables.

Se définissant comme un service en ligne de mise en relation de personnes avec des « thérapeutes », cette plateforme indique éliminer « les obstacles traditionnels d’accès à la thérapie » et affirme « rendre le soutien psychologique accessible à toutes et à tous ». La méthode d’orientation et de sélection des “thérapeutes”, qui peuvent être psychologues, interroge toutefois au plan déontologique.

Au-delà des critiques portant sur la pression qui est exercée sur les psychologues, les critères contestables de leur rémunération ou encore les abonnements payants proposés aux patients plusieurs aspects interpellent particulièrement la Fédération :

Le mode d’adressage des personnes à un psychologue nommé “thérapeute”, via un questionnaire à remplir obligatoirement, le vocabulaire utilisé dans celui-ci et l’approche managériale omniprésente sous-jacente,

Le défaut paradoxal d’information sur les modalités, le coût des séances et de l’abonnement,

Le cadre d’intervention entièrement choisi et contrôlé par la plateforme, sans aucune possibilité de dérogation pour le psychologue,

Le traitement et la gestion des données recueillies.

Une personne souhaitant être mise en contact avec un psychologue et/ou psychothérapeute doit d’abord remplir un questionnaire en ligne. Il comporte plus d’une vingtaine de questions personnelles issues d’une traduction très moyenne de l’anglais américain avec un caractère hétérogène et peu incarné.

L’information de ce document suppose un minimum de capacités attentionnelles et de concentration dont un consultant, par exemple déprimé ou anxieux, ne dispose pas toujours. Certaines questions sont en outre orientées, maladroites, ont un caractère discriminant, et semblent renvoyer à un modèle très univoque de compréhension de l’être humain. Au motif d’orienter la personne vers le thérapeute qui lui correspondrait le mieux, il apparaît que des possibilités lui sont plutôt fermées au fur et à mesure.

Les termes imprécis de « thérapeute », « thérapie » ne correspondent pas à des professions ou exercices réglementés en France, comme ceux de psychologue ou de psychothérapeute, et conduisent à une confusion susceptible de desservir les usagers, qui doivent pouvoir identifier clairement le professionnel auquel ils s’adressent et bénéficier d’une intervention adaptée à leur situation. La mention « certifiés ARS » n’a aucun sens, l’ARS étant défini comme « un organisme professionnel » et révèle une méconnaissance du contexte et du numéro dans le Répertoire Partagé des Professionnels intervenant dans le système de Santé (RPPS) obligatoire en France pour tout psychologue, attestant de l’obtention de son titre professionnel.

En ce qui concerne les modalités des séances ou leur coût estimatif, rien n’est indiqué avant d’avoir inscrit son nom ou pseudonyme et surtout son mail, ce qui implique de livrer des données personnelles avant d’avoir eu connaissance des prestations proposées, et de l’usage qui pourrait en être fait.

Enfin, pour le psychologue, il semble pour le moins questionnant de ne pouvoir entrer directement en contact avec un patient, et d’investiguer lui-même conformément à ses compétences, sans passer par un questionnaire, ce qui porte atteinte à son autonomie professionnelle (Principe 5 de Responsabilité et d’autonomie professionnelle, articles 13 et 24 du code de déontologie des psychologues). L’algorithme de BetterHelp impose un cadre technique et temporel (durée des séances, format des messages). En dictant le mode de communication et en utilisant des systèmes de « matching », la plateforme interfère potentiellement avec l’indépendance du psychologue qui ne choisit pas librement son cadre de travail adapté au patient.

Nous appelons donc les psychologues à la plus grande méfiance quant aux implications de leur participation à ce type de dispositif.

Le modèle de la « messagerie illimitée » est également très critiquable. Le code de déontologie valorise un cadre contenant et stable. Des échanges fragmentés par messages le jour ou la nuit peuvent nuire à la distance nécessaire et créer une dépendance ou un sentiment de disponibilité constante qui est cliniquement contre-productif, voire dangereux pour la santé mentale du patient mais aussi celle du praticien.

La FFPP dénonce le développement de telles plateformes dont le fonctionnement répond à une logique mercantile qui prend le pas sur les exigences éthiques et déontologiques propres à l’intervention d’un psychologue.

Faciliter l’accès à un accompagnement psychologique est un objectif essentiel. Cela ne peut toutefois se faire au détriment de la protection des usagers, du respect de la profession et de l’indépendance professionnelle du psychologue.

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