Grande braderie des psychologues ? Non ! Une contribution à une ouverture possible

Suite à la mise en place du chèque étudiant et au travail fait avec le Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche et de l’innovation (MESRI), nous observons les réactions positives d’un grand nombre de praticiens, mais aussi des mises en cause de la part de psychologues et le débat est légitime.

Nous avons fait le choix concerté de répondre ici à quelques interrogations et points de débats en explicitant notre démarche et nos choix :

Dans quel contexte s’inscrit la mesure du « chèque d’accompagnement psychologique » ?

Cette mesure s’inscrit dans le contexte plus large des négociations que nous conduisons cette fois, avec le Ministère de la Santé et des Solidarités, en concertation avec le SNP (Syndicat National des Psychologues) dans le cadre du « parcours de soin » en vue du remboursement de la consultation des psychologues par la CNAM. Ces négociations ne sont pas encore finalisées.

Pour rappel, dans l’expérimentation CNAM, le tarif de la consultation à 23 euros avait été dénoncé par les organisations nationales.

Depuis, l’évaluation de cette expérimentation laisse clairement apparaître que le tarif de consultation se situera au-dessus de 30 euros du dispositif étudiant, même si le seuil des 60 euros, souvent invoqué, ne sera jamais atteint (Fédérer, n°89, 2017, p.15).

Le chèque d’accompagnement psychologique : pourquoi ce tarif ?

Pour ce dispositif inédit, contextuel et circonscrit à la situation étudiante, nous n’avons pu que constater un tarif à 30 euros pour lequel la négociation n’a pas été ouverte. Nous avons fait valoir que ce tarif n’était pas en lien avec les honoraires habituellement pratiqués par les psychologues en libéral, psychologues qui, par ailleurs, adaptent déjà leurs tarifs aux capacités des étudiants.

Fallait-il se retirer d’un échange portant sur les modalités de mise en œuvre…

  • alors que dans la situation actuelle d’urgence un effort pouvait être fait par la profession, et au constat que nombre de psychologues étaient prêts à apporter une contribution bénévole (voir sur ce point Fédérer, n°98, HS spécial Covid) ?
  • alors que nous avions l’assurance qu’elle n’obérait pas l’avenir, mais qu’au contraire, certaines dispositions le soutiennent ?
  • alors qu’elle s’adjoignait de la création d’un nombre certes insuffisant mais notable de création de postes ?

Quelle est la position de la FFPP sur notre évolution professionnelle ?

La FFPP défend le service public et milite pour l’augmentation de postes dans la fonction publique et le médico-social. Le choix récurrent des psychologues vers le libéral ne devrait pas être un choix par défaut.

Elle défend également la haute qualification des psychologues et l’accès à un accompagnement psychologique pour le plus grand nombre, qui ne devrait pas être un luxe. Les tarifs des remboursements doivent donc prendre en compte cette qualification, contributive et base de notre identité professionnelle.

Elle défend l’approche globale de la personne, différente et complémentaire de l’approche médicale. Elle est à ce titre contre la prescription médicale et l’a déjà fait savoir.

Ces positions ont été entendues et les dernières annonces (cf. rapport de la Cour des comptes) mettent l’accompagnement psychologique au rang de priorité, ce qui constitue une première pour les psychologues.

Quelle différence entre prescription, adressage et orientation ?

La prescription implique nécessairement une ordonnance par le médecin. Notre position est claire sur ce point et elle a été entendue. Si les psychologues sont référencés en tant qu’acteurs du soin psychique dans le Code de santé publique, nous ne sommes pas du personnel médical ou paramédical.

Dans les discussions en cours, et ici dans le cadre du chèque accompagnement psychologique, la notion de prescription est en train de s’effacer au profit de celle d’adressage sans lien de dépendance diagnostique. C’est cette voie de négociation que nous poursuivons dans le cadre du « parcours de soin ». L’accord obtenu avec le chèque d’accompagnement psychologique est un atout essentiel en ce sens

C’est à nouveau dans ce contexte et sur cette base que la notion d’ »orientation » a été retenue, en écartant le terme de prescription. Le passage par les services de santé universitaires (dirigés par un médecin) sont fonctionnels et non de dépendance diagnostique, comme c’est le cas dans nombre d’institutions pluridisciplinaires.

Ces nuances n’apparaissent pas à première lecture, elles sont à notre sens fondamentales pour l’avenir.

CNAM & parcours de soin : pourquoi une orientation par le médecin généraliste ?

La CNAM ne rembourse pour l’heure que des professionnels médicaux ou paramédicaux et le premier interlocuteur est alors le médecin généraliste : si le désir de pouvoir prendre en charge la souffrance psychique est présent, c’est un point inédit de discussion, tant pour la CNAM que pour les psychologues, alors seuls « non-professionnels de santé », à bénéficier d’un remboursement.

Nous soutenons un dialogue et une complémentarité avec les médecins généralistes, qui s’exercent déjà actuellement avec les praticiens en libéral, et en bonne intelligence, d’où la notion d’orientation.

Le SNP partage avec nous les négociations dans le cadre du parcours de soins en vue de dispositions prochaines à venir. Elles visent la prise en charge de publics ayant peu accès aux psychologues, mais auxquels sont confrontés les médecins généralistes.

Fédérer ou morceler ?

Les enjeux sont importants et nous œuvrons pour une nécessaire solidarité entre organisations dans les évolutions en cours, en intégrant les sensibilités différenciées.

Nous ne nous sommes donc pas « bradés à 30 euros ». Le SNP est invité à poursuivre la concertation avec la FFPP auprès du Ministère de la santé. Nous souhaitons la poursuite de nos échanges qui ont présidé aux avancées en cours, mais sans trop grand écart entre la véhémence des postures sur les réseaux sociaux et les positions réellement négociées.

Nous invitons également les psychologues à adhérer, à participer à la réflexion via nos groupes de travail en région, dans les commissions, et à soutenir notre volonté de fédérer la profession.

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