La FFPP regrette vivement que le rapport de la mission d’information sénatoriale consacrée à la souffrance psychique au travail n’ait pas été rendu public[1]. Selon les informations publiées par Le Monde le 19 juillet 2026[2], les groupes majoritaires au Sénat ont estimé que ce rapport ne devait pas être diffusé. Que faudrait-il à ce point cacher ?
Au-delà des désaccords éventuels sur certaines des orientations du rapport de la mission sénatoriale, la FFPP considère que sa mise à l’écart du débat public ne favorise ni la discussion démocratique ni la prise en compte pleine et entière des enjeux majeurs de santé mentale en lien avec le travail.
Cette situation est d’autant plus préoccupante que les données disponibles confirment à la fois l’ampleur du phénomène et ses limites persistantes, avec la sous-déclaration et la sous-reconnaissance des accidents du travail et des maladies professionnelles, notamment liés à la souffrance psychique au travail[3].
La prévention de la santé psychique au travail, qui fait pourtant l’objet d’une communication et d’un affichage large dans le cadre de la grande cause nationale santé mentale, ne peut demeurer un objectif affiché sans traduction concrète et claire dans les politiques publiques, les organisations et les entreprises.
Dans ce contexte, la FFPP rappelle que les psychologues ont, dans le champ de la santé psychique au travail, une place et un rôle essentiels. Leur contribution ne se limite pas à l’accompagnement individuel des personnes en souffrance. Elle porte également sur l’analyse du travail réel, la compréhension des dynamiques organisationnelles, le repérage des facteurs de risques psycho-sociaux avec les conséquences en termes de dégradation de la santé psychique, le soutien aux collectifs de travail, aux encadrants et aux employeurs. Les psychologues participent aussi activement à l’élaboration et à la mise en œuvre d’actions de prévention primaire.
La FFPP regrette également ne pas avoir été reçue, malgré sa demande, par la mission d’information sénatoriale consacrée à la souffrance psychique au travail. Cette absence interroge la représentation institutionnelle et politique du rôle des psychologues dans les problématiques de santé au travail.
La FFPP constate par ailleurs que les psychologues sont très minoritaires dans les services de prévention et de santé au travail interentreprises (SPSTI), ne représentant qu’environ 1,3 % du personnel, soit 250 psychologues pour plus de 19 millions de salariés suivis. Leur rôle est centré sur la prévention des risques psychosociaux (RPS), l’accompagnement des salariés en difficulté, la prévention de la désinsertion professionnelle et le soutien au maintien en emploi, l’appui aux encadrants et aux employeurs, sans pour autant que leur position juridique ou organisationnelle soit clairement reconnue.
La FFPP souligne aussi que la réponse aux enjeux de santé psychique au travail ne peut reposer uniquement sur les psychologues exerçant dans les services de prévention et de santé au travail. Si leur place doit être confortée, reconnue et mieux inscrite dans un cadre juridique et organisationnel, les psychologues exerçant en libéral et dans le secteur public (Hôpitaux, CMP, CUMP, etc.) devraient aussi être davantage intégrés dans des réseaux de coopération, d’orientation et de prévention de la santé psychique au travail.
La FFPP appelle donc la représentation nationale à :
- Se saisir des enjeux et des pistes soulevées par ce rapport, il n’est pas concevable, en cette deuxième année de grande cause santé mentale, d’enterrer un travail conséquent et pertinent sur la santé mentale au travail,
- Renforcer la place de la psychologie dans les politiques nationales de santé mentale en lien avec le travail,
- Clarifier et étoffer son rôle et son cadre juridique dans les services de prévention et de santé au travail interentreprises (SPSTI),
- Étendre la couverture territoriale en définissant un ratio minimal de psychologues par salariés suivis dans les services de prévention et de santé au travail et en instituant un réseau national et inter-régional de psychologues « santé psychique au travail »
La santé mentale au travail exige des moyens, des cadres lisibles, une prévention concrète et une véritable reconnaissance du rôle des psychologues, dans la diversité de leurs modes d’exercice.
Les recommandations issues du rapport « enterré » sont consultables dans cet article : Souffrance au travail : les recommandations interdites du Sénat | Santé & travail
[1]Le site du Sénat indique que, lors de sa réunion du 8 juillet 2026, la mission “n’a pas adopté les projets de rapports et de recommandations présentés par sa rapporteure Annick Girardin” et que ses travaux sont, de ce fait, achevés. (Sénat)
[2] Pourquoi le Sénat a-t-il enterré le rapport sur le burn-out ?
[3] Assemblée nationale – REPSS AT-MP 2026

